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TEMOIGNAGE CLIENT : société ALSTOM Transport
Interview de Monsieur Yves Benoit, Lead Appraisor CMMI*
ALSTOM Transport, l'un des 3 secteurs du Groupe ALSTOM. Il est n°1 pour les trains à très grande vitesse, les trains pendulaires ; il est un des leaders pour les métros, les trains à deux niveaux, les trains régionaux, l'infrastructure et la maintenance ferroviaire ainsi que la signalisation. Fort de 28000 employés et présent dans 60 pays, ce secteur atteint 20,8% de part du marché mondial avec pour l'exercice 2004-2005 un chiffre d'affaire de 5,1 milliards € et un carnet de commande de 5,5 milliard €.
AFAQ (A) : Quel est l'historique de votre démarche ?
Monsieur Yves Benoit (YB) : Face à l'importance et à la criticité du logiciel dans leurs systèmes, de nombreuses sociétés se sont dotées dans les années 70, 80 de méthodologies de développement logiciels avec des outils supports associés. Au cours des années 80 le concept de processus de développement logiciel s'est affirmé et s'est concrétisé par l'émergence de nombreux modèles de maturité comme notamment le modèle CMM du SEI dont la version stable V1.1 date de 1993.
Le groupe ALCATEL ALSTOM a perçu très tôt l'importance de cette approche et a fixé en 1994 un objectif de maturité ambitieux pour l'ensemble de ses unités développant du logiciel. ALSTOM Transport a suivi cette démarche dès 1995 et s'est dotée, à l'instar de compagnies comme BOEING, IBM, MOTOROLA, THALES,.., d'une équipe d'évaluateurs autorisés auprès du SEI, capables d'accompagner ses unités dans leur démarche d'amélioration basée sur ce modèle.
Aujourd'hui le CMMI* (Capability Maturity Model Integration) a remplacé le CMM* et a élargi son scope au système et bientôt au hardware avec la version V1.2 prévue pour mi-2006.
ALSTOM Transport utilise à présent le CMMI* dans le domaine des développements des logiciels et des systèmes.
(A) : Quel regard portez-vous sur le référentiel CMMI* ?
(YB) : Le CMMI* est à mon sens un outil puissant d'amélioration.
C'est un référentiel de bonnes pratiques bien structuré et très détaillé. C'est pourquoi, il peut servir de référentiel formel d'audit ou permettre aux sociétés d'évaluer leurs processus en interne, dans le cadre de leur démarche d'amélioration.
Il est constitué de 24 processus clés appelés PA (Process Area). Chaque PA regroupe un ensemble de pratiques à mettre en oeuvre. Dans la représentation étagée du modèle, qui est la plus utilisée, ces PAs sont regroupés en domaines de processus cohérents répartis sur 5 niveaux de maturité. Ces niveaux de maturités fournissent de fait un ordre des PAs à améliorer.
Pour caractériser ces niveaux de maturité on peut dire qu'au niveau 1 le succès des projets repose entièrement sur les individus, au niveau 2 les projets sont gérés individuellement, au niveau 3 la société devient « apprenante » et les processus et les retours d'expérience sont généralisés, au niveau 4 il y a une compréhension qAFNOR Normalisationtitative des processus et des projets et la capacité standard de développement de l'organisation est connue, enfin au niveau 5 dit d'optimisation, les processus rentrent dans un cycle d'amélioration continu des performances.
Il faut signaler en outre que le niveau de détail du modèle parle aux praticiens et les fait adhérer à la démarche d'amélioration plus facilement que le référentiel ISO 9001.
(A) : Comment évalue-ton une entreprise selon le modèle CMMI* ?
(YB) : Le SEI a défini 3 méthodes d'évaluation SCAMPI* (Standard Appraisal Method for Process Improvement) A, B et C. La méthode SCAMPI* A, la plus rigoureuse, est aussi celle qui demande le plus d'efforts. Elle seule autorise une cotation de niveau.
Elle s'appuie sur une base d'évidences collectées par l'organisation évaluée avant l'évaluation proprement dite.
L'évaluation a ainsi lieu en 3 phases :
- préparation, avec identification des objectifs de l'évaluation, formation de l'équipe d'évaluation, établissement et passage en revue de la base d'évidences (appelés PIIs, Process Implementation Indicators, dans la méthode). Une « readiness review » permet alors de déterminer si la préparation est suffisante pour passer à la phase sur site ;
- évaluation sur site, avec session d'ouverture, entrevues, élaboration et validation des constats préliminaires élaborés par l'équipe, cotation et présentation des résultats ;
- Envoi des résultats au SEI*.
L'évaluation est conduite par un « Lead Appraisor » autorisé par le SEI*. L'équipe d'évaluation est constituée généralement de membres de l'organisation évaluée, afin de mieux comprendre l'implémentation des pratiques et de mieux supporter le programme d'amélioration qui en découle.
Les résultats d'une évaluation correspondent à l'état courant des pratiques au moment de l'évaluation. Ils ne sont pas valables pour une période donnée comme dans le cas d'une certification.
Enfin ce type d'évaluation permet de créer, ou de renforcer, la dynamique d'amélioration que les américains appellent « momentum ». Il faut ensuite l'entretenir par un support continu de la direction et par des résultats intermédiaires donnant confiance dans la démarche.
(A) : Comment envisagez-vous l'intégration et le développement de cet outil en France ?
(YB) : Cet outil est complémentaire du référentiel ISO 9001. Ce dernier concerne l'ensemble des processus de l'organisation et le CMMI* met l'accent sur les processus de développement et de maintenance.
C'est pourquoi des évaluations combinées sont tout à fait réalistes. Elles permettront de faire des évaluations moins coûteuses que chacune d'elles menées séparément et plus cohérentes dans leurs résultats.
Les évaluations SCAMPI* A, dont les coûts restent néanmoins élevés, sont des outils puissants mais limités à des organisation ou des parties d'organisation capables de faire cet investissement et pour qui la reconnaissance officielle du niveau de maturité est importante sur un plan concurrentiel.
Plusieurs voies d'amélioration semblent devoir être approfondies :
- la première est de créer une base d'évidences (PIIs) mise à jour de façon quasi automatique au coeur des organisations sur la base d'un outil de GED. Cela réduirait sensiblement le coût de la préparation des évaluations et permettrait à l'organisation de faire plus facilement des points intermédiaires.
- la deuxième concerne les entreprises qui souhaitent augmenter leur compétitivité sans avoir besoin d'une reconnaissance officielle de niveau. Il est possible d'envisager des SCAMPI* B ou C combinées à des évaluations ISO 9001. Cela devrait permettre de générer des voies d'améliorations importantes à des coûts plus acceptables.
· une autre solution pour les nouvelles unités, serait d'organiser leurs développements sur la base du modèle CMMI*, comme cela a été fait largement en Inde pour les sociétés de développement logiciel. Cela permet de partir sur de bonnes bases et de s'organiser bien « du premier coup » réduisant ainsi de ce fait le coût des programmes d'amélioration en envisageant des évaluations SCAMPI* A à partir du niveau quatre voire même cinq.
(N.B. : SEI, CMM, CMMI, SCAMPI, SCAMPI Lead Appraiser, sont des « services mark » de l'Université Carnegie Mellon)
Conclusion de Monsieur Benoit
Après avoir intéressé le domaine industriel (armement, avionique, télécommunication, transport,…) le CMMI s'étend maintenant largement au domaine bancaire, à celui des assurances et plus généralement aux systèmes d'information. Enfin des PME, souvent clientes des sociétés précédentes, adhèrent également aux démarches d'amélioration basées sur le CMMI.
Biographie
Yves BENOIT a acquis depuis 1973 une longue expérience en tant que chef de projet logiciel pour les systèmes de contrôle-commande industriels et de production d'énergie au sein de CGA puis de CEGELEC.
Chef du service de Génie Logiciel du Centre de Recherche et Développement de CEGELEC (intégré dans ALSTOM par la suite), il a pris en charge en 1986, l'élaboration et la diffusion de la méthodologie MODAL.
Actuellement responsable de l'Engineering Process Group Support" du Segment Information Solution du secteur Transport d'ALSTOM, il coordonne et supporte les démarches d'amélioration des unités de ce segment.
Il est " Lead Assessor " accrédité par le SEI pour les évaluations CMM depuis juillet 1996 et Lead Appraisor accrédité depuis novembre 2003.
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